Entretien avec AUBERI EDLER

Grand reporter, spécialiste du Proche- et du Moyen-Orient, correspondante de guerre, rédactrice en chef à France 2, réalisatrice de documentaires sur France 5 et Arte avec des réalisations telles que « Il était une fois… Certains l’aiment chaud », « …Sailor et Lula » ou encore « …Rosetta », Auberi Edler était l’invitée de la 30e édition du Festival du film du soleil de minuit qui s’est déroulé à Sodankylä, du 10 au 14 juin 2015. A cette occasion, elle a présenté son documentaire « Il était une fois… Le Havre », qui revient sur le tournage du film éponyme réalisé par Aki Kaurismäki – présent à Sodankylä –, cofondateur également avec Peter von Bagh – disparu l’année dernière – et son frère Mika Kaurismäki du Festival du soleil de minuit.

Grand reporter, vous avez couvert, entre autres, les guerres d’Irak, de Bosnie, d’Afghanistan, du Salvador… Comment passe-t-on de correspondante de guerre à réalisatrice de documentaires sur des films de fiction ?
Je crois que pour moi, d’une certaine manière, ça s’est fait dans l’autre sens. Je n’avais pas du tout l’intention, quand j’étais jeune, d’être journaliste. Je savais que c’était voyager et écrire et, comme je détestais l’école, mes humanités c’était le cinéma. Donc, ce sont des grands films américains des années 30, 40 et 50 – pas qu’américains, mais quand même beaucoup –, un peu britanniques qui m’ont, en fait, nourrie dans cette idée romantique de la guerre, et le cinéma m’a amenée à devenir voyageur-couvreur de conflits. Mon père était diplomate, donc il était très au fait de la chose politique, de la politique étrangère qui me fascinait aussi, et c’est pour ça que j’ai beaucoup couvert Arafat, le Moyen-Orient, le Proche-Orient, Benazir Bhutto ensuite. Voilà. J’ai un peu étendu mon domaine de la lutte, mais je suis arrivée à la politique étrangère par le cinéma, en fait. Lire la suite « Entretien avec AUBERI EDLER »

Paroles intemporelles – Entretien avec BERNARD EISENSCHITZ

Historien et critique de cinéma, spécialiste du cinéma allemand (Fritz Lang, Murnau, Lubitsch), du cinéma américain (Nicholas Ray, Kramer, Fairbanks), du cinéma soviétique (Eisenstein), traducteur, réalisateur, producteur, programmateur, acteur (manquerait-il encore une corde à son arc cinématographique !?), Bernard Eisenschitz est une figure de la cinéphilie d’une érudition subtile et féconde. Il était l’un des invités de la 30e édition du Festival du film du soleil de minuit de Sodankylä, qui s’est déroulé du 10 au 14 juin 2015. A cette occasion, outre sa participation au séminaire en hommage à Peter von Bagh, il a également été invité à conduire une master class sur le film de Jacques Becker « Touchez pas au grisbi ».

Vous êtes, semble-t-il, au moins pour la deuxième fois (auparavant en 2010) au Festival du film du soleil de minuit de Sodankylä. Quel regard portez-vous sur ce festival dont le maître d’oeuvre Peter von Bagh nous a quittés l’année dernière ?
J’ai surtout vu le festival à travers Peter parce qu’on se connaissait depuis la fin des années 60-le début des années 70, et il m’avait parlé du festival depuis sa fondation. Il avait essayé de m’inviter souvent, mais c’était, en général, à la dernière minute, car il avait un budget que le ministère lui accordait au dernier moment si une personne se décommandait. Donc, je connaissais le festival, du moins je connaissais le principe du festival. Je lui avais même commandé un article pour ma revue « Cinéma 09 » portant sur la programmation des films dans un festival, la programmation comme une manière d’écrire l’histoire du cinéma. Donc, c’est ce que j’ai vu aussi en 2010 en venant au festival ; c’était exactement ça. C’est-à-dire qu’étaient invités, entre autres, au festival Terence Davies et Pedro Costa. Donc, un cinéaste déjà, disons, au milieu/à la fin de sa carrière, et puis un cinéaste jeune, d’une autre génération, et cela a tout à fait confirmé ce que je savais. Ce qui était frappant avec Peter – et c’est ce qu’on a dit un peu hier au débat –, c’était à quel point il était disponible pour tout et tout le monde à chaque moment. Il n’envoyait promener jamais personne et, en même temps, il refusait de se laisser bousculer par le festival, c’est-à-dire que c’était un des rares directeurs de festival qui trouvait le temps de voir les films.

Quelle a été votre première expérience cinématographique et qu’est-ce qui vous a attiré vers le cinéma ?
Ma première expérience cinématographique, c’est « Bambi » comme beaucoup de gens de ma génération. Mais si on remonte un peu plus loin… Non, je ne sais pas. J’avais quinze ans au début de la Nouvelle Vague. Je suis né en 1944, donc vous pouvez imaginer. J’avais vu des films, mais pas beaucoup. J’avais vu les grands films artistiques, les grands classiques qu’on était censés avoir vus, et puis arrivaient des films comme « Les 400 coups », qui était un film qui ne montrait pas l’école telle que je la connaissais – parce que je n’ai pas vécu ce genre de brimades à l’école –, mais qui montrait le sentiment d’injustice qu’un enfant ou un adolescent pouvait éprouver à l’école ou au lycée, qui montrait Paris tel que je le connaissais. Ça bouleversait pas mal mon idée de ce que c’était le grand art. C’était autre chose que le grand art devant lequel on est obligé de s’agenouiller et qu’on est obligé de respecter. Donc, je pense que beaucoup de gens de ma génération, nés en même temps que moi vers la fin de la guerre, ont eu la même réaction. Ils ont découvert le cinéma, sont devenus cinéphiles à ce moment-là, au moment où il y avait à la fois des cinéastes jeunes, nouveaux, et la possibilité de voir des films, de devenir cinéaste comme ils l’étaient devenus, c’est-à-dire à partir de la cinéphilie, à partir de la cinémathèque, par exemple, à partir des films du passé qu’on pouvait découvrir sans hiérarchie de qualité. Lire la suite « Paroles intemporelles – Entretien avec BERNARD EISENSCHITZ »

LES INVITÉS DU FESTIVAL DU FILM DU SOLEIL DE MINUIT – SODANKYLÄ 10.-14.06.2015

SODANKYLÄ ET SON FESTIVAL DU SOLEIL DE MINUIT
La 30e édition du Festival du film du soleil de minuit, qui s’est déroulée du 10 au 14 juin 2015, était dédiée cette année à Peter von Bagh, cofondateur avec les frères Aki et Mika Kaurismäki du festival, qui nous a quittés à l’automne dernier. Directeur artistique et maître d’oeuvre du festival, Peter von Bagh a attiré de 1986 à 2014 les plus grands noms du cinéma international. Le festival a rendu hommage à l’homme de cinéma qu’il était en diffusant quelques-unes de ses réalisations, dont son premier et unique long métrage « Kreivi » (« Le comte » – 1971) ainsi que « Sosialismi » (2014), son dernier documentaire. Certains de ses films favoris, dont le tout dernier Godard, faisaient également partie de la programmation. Mais le plus bel hommage qui lui a été rendu à l’occasion de cette 30e édition, outre la présence de cinéastes de talent d’une dizaine de différents pays, est sans doute celui du public qui, venu en masse cette année, a visionné quelque 120 films et battu tous les records précédents avec plus de 30 000 spectateurs. LONG LIVE MIDNIGHT SUN FILM FESTIVAL!

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FESTIVAL DU FILM DU SOLEIL DE MINUIT de SODANKYLÄ – 30e ÉDITION

Midnight Sun Film Festival / Festival du film du soleil de minuit
Du 10 au 14 juin 2015 – Sodankylä

A l’occasion de sa XXXe édition, le Midnight Sun Film Festival / Festival du film du soleil de minuit se déroule cette année du 10 au 14 juin 2015 à Sodankylä, en plein cœur de la Laponie finlandaise, au nord du cercle polaire. Créé par les frères Aki et Mika Kaurismäki ainsi que Peter von Bagh – disparu l’automne dernier, ce festival au caractère d’exception, baigné par la lumière arctique de l’été et où le spectateur se retrouve en plein soleil au sortir d’une séance à 3 heures du matin ! (projections 24 h/24 h), a attiré au fil des ans les plus grands noms du cinéma international, entre autres : Chabrol, Sautet, Powell, Fuller, Léaud, Forman, Cissé, Kusturica, Kiarostami, Demy, Varda, Scola, Kieslowski, Wenders, Coppola, Tavernier, Béla Tarr, Assayas… Pourtant, malgré tous ces invités prestigieux, le Festival du film du soleil de minuit demeure un festival anti-paillettes, sans compétition et sans soirée de gala, qui se célèbre en jeans et en baskets et où les cinéastes se mêlent aux spectateurs dans une atmosphère décontractée.

Cette année, la XXXe édition du Festival accueille comme invités d’honneur le metteur en scène britannique Mike Leigh, le réalisateur allemand Christian Petzold, le réalisateur portugais Miguel Gomes, le cinéaste danois Nils Malmros, la réalisatrice polonaise Malgorzata Szumowska ainsi que la documentariste française Auberi Edler qui a réalisé « Il était une fois… Le Havre », documentaire consacré au créateur du festival et réalisateur finlandais Aki Kaurismäki et à son dernier film « Le Havre ».


MASTER CLASS

Bernard Eisenschitz (à droite sur la photo, avec Peter von Bagh – Sodankylä/2010), critique et historien du cinéma français, est également invité à conduire une master class sur le film de Jacques Becker « Touchez pas au grisbi » (1953). Lire la suite « FESTIVAL DU FILM DU SOLEIL DE MINUIT de SODANKYLÄ – 30e ÉDITION »