Entretien avec STÉPHANE GOUDET… sous le soleil de minuit

Stéphane Goudet, critique et historien du cinéma, réalisateur, maître de conférences à l’université Paris-I, directeur du cinéma Art & Essai « Le Méliès » à Montreuil, considéré avec ses 6 salles comme le plus grand cinéma public d’Europe, était invité à la 32e édition du Festival du film du soleil de minuit (Sodankylä – 14-18 juin 2017) pour conduire une Master Class sur « Jour de fête » de Jacques Tati dont il est un éminent spécialiste. La projection était suivie d’un documentaire de Stéphane Goudet, « A l’américaine », qui fait partie d’une série de films d’analyse réalisés par ce dernier sur chacun des films de Jacques Tati, excepté « Trafic ».

Spécialiste de Jacques Tati s’il en est, vous semblez être déjà venu en Finlande en 2010 dans le cadre d’une rétrospective Jacques Tati et d’un séminaire à la cinémathèque Orion de Helsinki.
C’est exact. A cette occasion, en effet, j’avais pris la parole à un séminaire que nous animions ensemble avec Peter von Bagh à la cinémathèque Orion.

Par contre, c’est sans doute votre première fois au Festival du soleil de minuit de Sodankylä, bien que vous sembliez être aussi un spécialiste d’Aki Kaurismäki. En effet, on peut lire dans la revue Positif de novembre 2002 un article que vous avez écrit sur la filiation Kaurismäki/Murnau, en l’occurrence respectivement pour les films « L’homme sans passé » et « Le dernier des hommes ».
Je vais, du coup, raconter une blague. J’ai fait un long entretien avec Kaurismäki sur son rapport à l’histoire du burlesque à l’occasion de ma précédente visite en Finlande en 2010. Cela a été un moment formidable parce qu’on m’avait expliqué qu’il allait peut-être me consacrer trois minutes du fait qu’il était en fin de montage de son film « Le Havre », et que ça pouvait, du coup, être très, très court. En fait, on a commencé à parler ensemble de Tati, de Chaplin, de Keaton, et c’était tellement bien que j’en ai profité pour lui demander de glisser un petit mot pour les spectateurs du futur cinéma de Montreuil. Il a complètement joué le jeu. Il est allé chercher des accessoires pour se mettre en scène et, à un moment, il m’a dit : « Tiens, je vais te faire un cadeau. Si tu veux, tu me filmes à la table de montage ; je suis en train de finir le film. » Et, du coup, je l’ai accompagné une partie de l’après-midi et j’ai ainsi pu filmer Kaurismäki en train de finir vraiment la toute première version définitive du « Havre » dans ses bureaux de production. Je dois dire que c’était un moment un peu magique. C’est vrai que j’aime beaucoup son cinéma, mais c’est lié, entre autres, à une Finlandaise… cette même Finlandaise qui, du reste, m’amène ici, à ce festival. Je faisais, en effet, une thèse sur Tati à l’époque, à la Sorbonne et, pendant ce temps-là, une jeune Finlandaise, Satu Kyösölä, faisait une thèse sur Kaurismäki. On avait tous les deux le même directeur de thèse et il confondait les deux noms, car avant de faire une thèse sur Tati, je faisais un DEA sur Kiarostami. Et entre Kaurismäki et Kiarostami, je pense que jusqu’à la fin il n’a pas réussi à prononcer le nom de l’un sans le mélanger au nom de l’autre. Donc, ça donnait du Kiarosmaki ou du Kauristami, à peu près n’importe quoi. Et, du coup, cela a contribué à nous rapprocher, sachant qu’il y a effectivement un rapport au burlesque, mais aussi à d’autres formes de cinéma qui me sont chers, notamment « Le dernier des hommes ». Et, effectivement, Kaurismäki est un cinéaste que je suis de très près.
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