Paroles intemporelles – Entretien avec SERGE BROMBERG

SERGE BROMBERGA l’occasion de la semaine d’ouverture, mi-janvier, de la nouvelle salle d’art et d’essai de la bibliothèque Oodi à Helsinki, KINO REGINA a reçu comme invité d’honneur SERGE BROMBERG, producteur, programmateur, réalisateur, animateur français.
Chercheur cinéphile infatigable, il a lancé en 1985 la société de production Lobster Films à qui l’on doit la restauration de trésors du 7e art, tels des chefs-d’oeuvre de Buster Keaton ou encore de Charlie Chaplin. La collection Lobster Films regroupe aujourd’hui près de 50 000 films rares et quelque 210 000 bobines.
Serge Bromberg, l’une des figures incontournables du cinéma des premiers temps, est donc venu au Kino Regina présenter son spectacle « Retour de flamme » et accompagner au piano deux cycles (voir liste ci-après) consacrés à des trésors perdus, retrouvés et restaurés du patrimoine cinématographique français et mondial.
Un conteur d’histoires de cinéma intarissable. Moteur !

Comment se fait-il qu’occupé à sillonner le monde dans votre quête de films perdus, pris par leur restauration et sollicité par les grands festivals pour leur présentation, vous ayez trouvé le temps de venir en Finlande… à moins d’un enjeu professionnel ? Et est-ce, au demeurant, votre première visite dans le pays ?
Aucun enjeu professionnel. Simplement une histoire d’amitié et de confiance. Depuis 20 ou 25 ans, je croise Antti Alanen (Archives finlandaises/KAVI – NDLR) dans tous les festivals du monde et à Paris, où il vient régulièrement. Et quand il me dit qu’on ouvre le Kino Regina et me demande si ça me dirait d’être le premier invité étranger de cette salle, j’ai accepté tout de suite l’invitation. Par ailleurs, ce n’est pas ma première visite dans le pays. Je suis déjà venu à un festival à Tampere il y a quelques années.

Comment, tout d’abord, est né cet amour du cinéma jusqu’à fonder ensuite, après des études de commerce, la société de production Lobster Films ?
C’est drôle parce qu’en fait on ne sait jamais vers où va sa vie. Ma rencontre avec le cinéma, elle date de quand j’étais tout jeune. On a tous les petits trains dont on rêve. Moi, mon rêve, c’était de pouvoir partager des films avec des amis. J’ai donc fait des films en Super 8 avec mes amis et puis, au moment où j’ai passé mon bac, mes parents, sachant que je voulais faire du cinéma, m’ont demandé de passer un diplôme d’abord, d’apprendre un métier, comme on dit, et qu’en échange ils me donneraient 20 000 francs, soit l’équivalent d’à peu près 3 000 euros, pour que je fasse mon film. Voilà. Sur la liste des formations possibles, j’ai pris celle qui était la plus courte, soit une école de commerce. J’ai donc fait trois ans d’école de commerce. Et à la sortie, je me suis dit qu’il fallait que je monte une société de cinéma. Je ne savais pas quoi faire, je ne connaissais personne dans le métier. J’ai alors eu une idée géniale. A l’époque, il y avait les premiers IBM PC, et mon idée c’était de faire des cassettes VHS pour expliquer aux gens comment on utilise un PC. En gros, faire des tutoriels. Mais avant d’aller voir IBM pour le leur proposer – ils avaient, du reste, probablement eu déjà l’idée –, je me suis dit que j’allais monter une société. J’ai donc monté Lobster Films avec des amis mais, en sortant du Registre du commerce, je me suis rendu compte qu’en fait, je ne voulais pas faire ça, que ce n’était pas du tout ma vie. Mais, trop tard. Lobster était créée. C’était en juin 1985, il y a donc 34 ans. Lobster n’a, en fait, commencé à exister que lorsqu’elle a rencontré ma passion première pour le cinéma et que j’ai commencé à restaurer des films ou utiliser des films anciens pour faire des productions. C’est comme ça que tout a commencé. Alors, accessoirement, je dois dire qu’avec les 3 000 euros j’ai effectivement produit un film de 52 minutes avec une dizaine d’acteurs, dont le tournage a duré trois semaines et le montage deux ans. Et je me suis toujours dit qu’avec ce film soit je suis Orson Welles et je ferai du cinéma en tant que réalisateur, soit je ne suis pas Orson Welles et je ferai autre chose que de réaliser des films parce qu’il y a déjà tellement de réalisateurs sans aucun talent que ce n’est pas la peine de me rajouter à la collection. Et donc, je n’ai pas refait de film pendant très longtemps même si c’était un film sonore de 52 minutes en 16 mm négatif et que c’était le résultat d’un vrai travail.

Vous dites avoir commencé avec Lobster par la restauration sonore des films. Comment acquiert-on tout d’un coup une expertise assez pointue dans ce domaine ? De même, ensuite, avec la restauration des images ?
C’est très simple. En fait, la restauration sonore est un métier qui n’existait pas et, donc, il n’y avait pas d’expertise à avoir puisque, de toute façon, personne ne connaissait. Je me suis retrouvé un jour – je faisais des petites productions – dans un studio de mixage qui s’appelait Ramsès, à Paris, et il y avait là un ingénieur du son particulièrement doué, Jean-Paul Darras, avec lequel je faisais tous mes mixages. Et puis, un jour, les éditions Montparnasse qui ressortaient en vidéo « Le crime de Monsieur Lange » m’ont demandé si je serais d’accord pour en restaurer le son. A l’époque, le son était notoirement horrible et étaient en train d’arriver, pas encore mais presque, les systèmes de son sur disque dur. C’était le passage de l’âge de pierre à l’ère du feu en matière de restauration. Et du coup, on a essayé avec Jean-Paul de faire plein de choses ensemble. Lui était l’ingénieur du son et moi, un peu le cinglé du cinéma. Le résultat de cette première restauration n’a pas été extraordinaire, du fait qu’on n’avait pas vraiment les outils, mais ça nous a donné tellement de publicité – on était, en fait, les premiers à le faire –, que juste après Gaumont nous a confié « L’Atalante » et tout de suite après c’était au tour de Pathé avec « Les enfants du paradis ». C’est-à-dire que notre premier tiercé était particulièrement spectaculaire, et c’est ce qui nous a lancés dans cette activité. A l’époque, je faisais tous mes travaux tout seul dans ce laboratoire Ramsès. Et un jour, je leur ai dit que j’aimerais m’associer avec eux, ne pas être seulement un client qui occupait leurs machines, mais faire partie de la famille. Ils n’ont pas voulu. Jean-Paul Darras m’a alors dit de ne pas m’inquiéter, qu’il allait quitter Ramsès et qu’on allait monter le meilleur studio de restauration sonore. C’est ce qu’on a fait, et j’ai la fierté de dire qu’en 2019 nous sommes toujours le meilleur laboratoire de restauration sonore au monde.

Comment procède-t-on pour retrouver des trésors perdus éparpillés dans le monde ? Quelles sont les pistes, les principales difficultés ?
En fait, il faut comprendre que les films qui ont échoué dans un endroit y échouent parfois par hasard et souvent pour des raisons logiques. Ainsi, il en va des enfants de réalisateurs ou de personnalités de laboratoires, des lieux qui servaient de stockage pour un cinéma, etc. Il faut savoir que toutes les pistes logiques ont été systématiquement vidées et nettoyées par Henri Langlois et les Archives du film depuis le milieu des années 30. C’est-à-dire qu’on arrive aujourd’hui au moment où les gens qui ont des films soit ne savent pas qu’ils les ont, soit ne savent pas ce que c’est, soit ce sont des collections qui ont été faites par leurs ancêtres ou leurs aïeux et ils ne savent pas quoi en faire. Toute la difficulté est d’essayer de trouver des films de manière illogique. Et donc, ma technique est relativement simple. Elle consiste à faire une sorte de criblage horizontal de tous les endroits où je vais en disant : Il y a peut-être des films (!?) D’ailleurs, quand je rencontre des gens je leur demande toujours s’ils ont des films, que ce soit lors de séances de cinéma, à la fin d’émissions de télévision, lors d’interviews, toujours la même question. Je dois dire que ça pourrit un peu les relations sociales, mais c’est comme ça que je trouve des films. Et puis, accessoirement, de temps en temps, il y a l’effet prescripteur, c’est-à-dire que ce n’est plus moi qui trouve les films mais quelqu’un d’autre qui se dit que ça pourrait m’intéresser et qui donc va m’appeler. Donc, en gros, c’est une sorte de criblage horizontal et systématique parce que les autres pistes ont déjà été explorées et exploitées.

Quelles auront été vos plus belles découvertes ? Et pourriez-vous raconter une ou deux anecdotes marquantes ?
Ma plus belle découverte, c’est la prochaine… Quant aux anecdotes, il n’en y a pas de plus marquantes que d’autres. Toutefois, il y a quelque chose de très étonnant que je ne me suis, en fait, toujours pas expliqué. Au tout début de Lobster, ce devait être en 1988 ou 1989, un type m’appelle de Villiers-sur-Marne, en banlieue-est parisienne. Il me dit qu’il a deux films, deux bobines de nitrate. L’une était « Cunégonde ramoneur » (1912) et l’autre, je ne me souviens plus. Mais il y avait un petit morceau de film à côté qui devait faire 3 mètres et qui était en vrac. J’ai donc récupéré le tout. Mais ce qui était surtout intéressant dans ce petit morceau de trois mètres, c’est qu’on y voyait un acteur, aujourd’hui très connu, Stan Laurel (d’évidence avant l’association avec Hardy). Je ne savais pas de quel film il s’agissait, mais j’ai essayé de le savoir. J’ai traversé les Etats-Unis et suis allé voir un certain William Everson, le grand spécialiste, qui n’avait jamais vu ce film et se demandait ce que ça pouvait être. Et puis, au moment où on a fait l’intégrale de Stan Laurel il y a une quinzaine d’années, je me suis mis à chercher des films partout et j’ai découvert qu’il y avait un film qui s’appelait « Somewhere in Wrong » qui devait dater de 1925 et qui était au British Film Institute. J’ai donc fait venir la copie et je me suis aperçu qu’il y avait un collage et, à l’endroit du collage, c’était exactement le bout que j’avais trouvé à Villiers-sur-Marne. Il n’y avait pas une image de plus, pas une image de moins. Pourquoi ? Comment ? Je ne sais pas. Mais je trouve que ce genre de miracle est absolument dingue.

A combien chiffreriez-vous le nombre de films retrouvés et le pourcentage de films restaurés ?
Il y a une étude qui a été faite aux Etats-Unis uniquement. Sur les films américains de long métrage muets – et il y en a eu des milliers – il y en a 10% qui ont survécu et 8 % qui ont survécu soit incomplets, soit dans des versions abrégées, soit dans des formats réduits, genre 16 mm, et donc de qualité moindre. Ce qui revient à dire que plus de 80% ont disparu. Evidemment, les grands films sont ceux qui, en général, ont le plus survécu. Mais il y avait des milliers de films du quotidien, des comédies, des petits drames faciles… des petites sociétés dont les films ont été intégralement détruits, soit détruits parce qu’on les a laissé croupir, soit le plus souvent, et il suffit de regarder l’histoire du cinéma américain, détruits par les incendies. Les réserves des grands studios ont toutes brûlé. Il y a même une histoire assez drôle… disons, plutôt, une drôle d’histoire : en 1947, le patron de la Universal veut tirer une copie du « Bossu de Notre-Dame »/« The Hunchback of Notre Dame » (1922) avec Lon Chaney, un film de Wallace Worsley. Ils sortent le négatif, le mettent sur une tireuse mais, malheureusement, le film avait réduit. Et donc, l’image était instable. On lui dit alors que le film a rétréci et qu’on ne peut plus le tirer. Et lui, de se demander à quoi ça sert de le stocker si on ne peut plus le tirer. De plus, ça coûte cher à stocker, etc. Donc, il désigne une quinzaine de films muets qu’il veut conserver et ordonne que tout le reste, c’est-à-dire 20 ans de production, soit détruit. Et c’est dans le hall de l’Academy of Motion Picture (l’Académie des Oscars) que l’on retrouve cette liste avec tous les grands titres de la Universal où il est marqué dessus à la main « Détruit », « Brûlé », « Détruit »… C’est terrible. A côté de ça, les cinémathèques comptent très peu. L’une des plus grandes richesses de la cinémathèque – et c’est une histoire peu connue –, c’est qu’en 1934 quand Gaumont, qui s’appelait à l’époque Gaumont-Franco-Film-Aubert (GFFA), fait faillite et devient la Société nouvelle des établissements Gaumont (SNEG), vont être transmis de GFFA à la SNEG tous les films intéressants, c’est-à-dire les films sonores. Donc, les films muets tombent en déshérence complète. Mais, quelques années plus tard, c’est une aubaine pour Henri Langlois car ce sont tous les négatifs originaux de Gaumont qu’il va acheter parce qu’il est fou de cinéma. A l’époque, quand il achète les négatifs, tout le monde le prend pour un joyeux hurluberlu. Donc, ce sont des moments comme ça dans le cinéma ; il y a des gens qui ont une lueur. Aux Etats-Unis – et on racontera cette histoire d’ici quelques mois –, il y a près de 100 films de Georges Méliès qui ont été sauvé par le producteur de « Bugs Bunny » : Leon Schlesinger. Pourquoi ? Comment ? Une initiative, une folie, une lubie ? Donc, des histoires de sauvegarde, il y en a quelques-unes, mais pour une histoire de sauvegarde, combien d’histoires de disparition (!) Alice Guy, qui est la première femme réalisatrice de cinéma, travaillait chez Gaumont. En 1907, elle part aux Etats-Unis monter une boîte qui s’appelle la Solax et elle va produire des centaines de films. En 1919, il y a un incendie et tous les films d’Alice Guy partent en fumée. Les films sont très inégaux devant la disparition. Les Lumière étaient des gens très avisés ; leurs films ont terminé sous le toit de la préfecture de Lyon et donc, quand on les a retrouvés, ils étaient toujours tous là et on a pratiquement tous les films Lumière sous forme à peu près de négatifs originaux. Mais d’autres sociétés comme Eclipse, Eclair, Lux sont des sociétés pour lesquelles il y a 95% des films qui ont disparu.

Diriez-vous que les bonnes surprises l’emportent malgré tout sur les frustrations, les déceptions ?
J’ai peut-être un côté maso mais je crois qu’à chaque fois que j’ai une mauvaise expérience, je me dis que je paye pour la prochaine belle expérience. Au fond, quand je pense à toutes ces ventes aux enchères où j’adorais aller acheter il y a très longtemps des affiches anciennes de cinéma – aujourd’hui, ça coûte trop cher, c’est trop spéculatif –, je me souviens finalement d’assez peu d’affiches que j’ai achetées. Par contre, celles que j’ai ratées et auxquelles je tenais, je m’en souviens encore comme si c’était hier. Donc, quelque part, c’est que probablement j’ai trouvé plus d’intérêt à cette expérience de frustration qu’au simple plaisir d’avoir finalement ce que je désirais.

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Pour gérer cette quête aux énormes enjeux, vous êtes certainement entouré d’une équipe chevronnée. Quel rôle y jouez-vous ?
En réalité, au départ, il y avait deux personnes qui avaient envie de travailler ensemble, Eric Lange et moi-même – même si Eric m’a rejoint en 1989 –, mais c’est vraiment de notre association et de notre passion pour le cinéma qu’est né tout ça. Mais Eric a un côté très réservé ; il parle très peu, ne se montre pratiquement jamais. Par ailleurs, il se souvient de tout, c’est une encyclopédie vivante. Enfin, bref, nous sommes d’une certaine manière le yin et le yang. Donc, au moment où on a fait « Retour de flamme » et où on a commencé à chercher des films, on s’est dit qu’il nous fallait un homme-sandwich. J’ai donc ce rôle-là et puis, accessoirement, depuis les spectacles je suis un peu la voix et le visage de Lobster. Je présente des émissions de télé dans tous les sens. Peut-être à cause ou grâce à ma formation dans une école de commerce, je sais faire ça. Eric non seulement ne sait pas le faire parce qu’il est discret mais il ne veut pas le faire. En fait, il n’en a absolument rien à faire. Et, quelque part, c’est très bien. En ce sens, nous sommes très complémentaires. Maintenant, au sein de Lobster, nous sommes 30 personnes. Je suis le patron et l’animateur de cette équipe et, comme je dis toujours, le patron c’est celui qui a besoin des autres. Donc, je suis exactement dans cette situation-là.

Quels sont les critères qui prévalent à la restauration d’un film ? Par quel canal passe la diffusion de ces films (TV, salles, DVD…) ?
Déjà, il y a certains noms, certains films ultra-rares, et là on y va tout de suite. Et puis, après, c’est toujours l’envie de montrer, de faire découvrir un film à quelqu’un ou à moi-même parce que je connais tel auteur et que ça m’intéresserait de jeter un coup d’oeil. Mais on revient toujours à cette question : Est-ce qu’il y a un public qui va être intéressé par le film ? Si c’est le cas, on le restaure. Par contre, si à notre avis il n’y en a pas, à ce moment-là on le met sur des étagères et, évidemment, on attend que soit il y ait des gens qui se manifestent – et ça arrive très souvent –, soit on attend qu’un producteur nous demande de lui prêter la copie. Et c’est tant mieux. Parfois, il y a le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée – NDLR) qui s’y est intéressé ou la Cinémathèque française qui a fait une rétrospective autour d’un réalisateur dont on a un film dont on ne sait pas ce que c’est, mais eux ils savent et c’est passionnant. Donc, à ce moment-là, ce sont eux qui prennent l’affaire en main et qui font la restauration. L’important, ce n’est pas que nous restaurions les films, l’important, c’est que les films soient repérés, que les gens soient informés que ce film existe et que si jamais, un jour, il y a un intérêt ou il y a quelqu’un qui est susceptible d’en financer la restauration, il sache qu’il peut venir le prendre. Pour ce qui est de la diffusion, malheureusement le DVD est en train de mourir et le Online/Internet est un modèle qui ne fonctionne pas encore en matière de patrimoine et  qui, économiquement, n’a aucune signification, ne représente rien du tout. En fait, paradoxalement c’est presque comme pour la musique, le seul endroit où on continue à avoir une petite exploitation, ce sont les salles de cinéma et puis, de temps en temps, on a la chance d’avoir une télévision. Par ailleurs, il y a les ventes sous forme d’extraits, les festivals…

Restaurez-vous uniquement en numérique ? Pour des supports argentiques, les conditions de conservation étant délicates et coûteuses, collaborez-vous avec les Archives françaises du film et le Bois d’Arcy ?
Nous collaborons tous les jours avec Bois d’Arcy, avec la Cinémathèque française. Je crois que le dernier endroit où je suis allé avant de venir en Finlande c’était à Bois d’Arcy. D’ailleurs, notre prochain plan autour de Georges Méliès est structuré autour de la Library of Congress et de Bois d’Arcy. Je travaille aussi beaucoup avec la Cinémathèque française. Pour revenir à la question de la pérennité d’une restauration, elle passe, pour le moment – et je pense que ça changera – par le polyester et la pellicule film dont la durée de vie est d’environ 1 000 ans. Il est impossible aujourd’hui de nommer un système numérique qui 25 ans après son invention soit encore lisible. Donc, 1 000 ans, on est sur une autre planète. Mais c’est extrêmement coûteux et je pense que rapidement vont commencer à émerger les solutions de stockage à long terme du data. Pour le moment, c’est vrai que quand on peut le faire, on fait de la pellicule, et c’est parfois même presque économique. On est des gens de la pellicule. Nous trouvons des pellicules, nous les restaurons en général sous forme de pellicule. Je suis, pour ma part, un amoureux de la pellicule et je crois que ça se voit. Ceci dit, c’est vrai que la pellicule est formidable pour la conservation, elle est malheureusement aujourd’hui devenue un boulet pour la distribution. Le 35 mm fait partie de ces choses qui, avec le cinéma muet, le vrai technicolor, etc. sont des paradis perdus. Et c’est formidable qu’il y ait des paradis perdus comme le vinyle et toutes ces choses-là. Il y a toujours des endroits où on peut écouter du vinyle, regarder du 35 – et les cinémathèques sont là pour ça –, mais pour la diffusion de l’image, aujourd’hui le numérique est quelque chose d’absolument inimaginable.

Que pensez-vous de la pérennité du numérique ? Et diriez-vous, comme d’aucuns le prétendent, que la sauvegarde du patrimoine cinématographique est en péril ?
Aujourd’hui, on a l’impression qu’on est dans une société qui privilégie tellement le quotidien qu’elle néglige même le fait de se souvenir de ce qu’elle a été. Et, bientôt, on ne souviendra même plus de ce qu’on a fait. J’en donnerai un exemple très caractéristique. Dans les années 60, il y avait les actualités cinématographiques et tout était tourné en 35 mm. Aujourd’hui, l’image de ces actualités, elle est là, en 35 mm ; elle est formidable quand vous voyez les images du Général de Gaulle pendant la guerre, les images de la Première Guerre mondiale, etc. Et puis, on se met à filmer les actualités en vidéo et là, tout d’un coup, plus rien. L’image est très mauvaise, c’est flou, les couleurs – quand il y en a encore – bavent dans tous les sens. C’est bien simple, la moitié des films n‘existent plus. Mitterrand qui rentre au Panthéon avec sa rose en 1981. Perdu ! Ça a été retrouvé par accident en Angleterre. La bande était perdue. Voilà. Il y a déjà eu dans le passé des vagues de désastres et de disparitions massives d’images. On en vit une actuellement, mais les gens qui veulent se souvenir savent qu’il faut mettre au point des procédés spécifiques. Pour ce qui est du film pour le cinéma en numérique, il va falloir sans aucun doute trouver autre chose.

Recevez-vous des aides de l’Etat ? Des fonds privés ? Des collaborations avec, par exemple, The Film Foundation de Martin Scorsese ?
Nous collaborons avec absolument tout le monde sans aucune espèce d’interdit. La seule chose qui compte, c’est le résultat et que les films soient vus. Nous recevons des aides du CNC, comme tous les gens qui restaurent des films en France, y compris les propriétaires de films – les Gaumont, Pathé, TF1, Canal+ –, il y a des aides pour tout le monde parce que c’est notre patrimoine et, donc, le Ministère de la culture nous soutient. Mais c’est uniquement sur certains titres et dans le cadre de la restauration de ces titres-là. Sinon, pour le travail qu’on fait de retrouver les films, d’aller les chercher, de les stocker, de les numériser, de les vendre quand on le peut, pour ça on ne reçoit pas d’aides. Ça, c’est notre passion et on en vit d’une certaine manière, pas forcément très bien.

Lors de vos ciné-concerts « Retour de flamme » et présentations de films rares, somme toute muets et anciens, le public – et surtout les jeunes – est-il au rendez-vous ?
Toujours. Même loin, d’ailleurs. Je suis toujours étonné car il y a toujours plein de gens. A vrai dire, j’ai une petite réputation. Les gens disent que c’est toujours drôle ou insolite ce que je fais. Je me souviens d’une anecdote vraiment magnifique. C’était à Cornell University, il y a douze ou treize ans. Je faisais deux spectacles, deux soirs de suite. Donc, un soir, je fais le spectacle et je dis aux personnes présentes que s’ils ont des films, qu’ils viennent me voir car il n’y a pas d’archives par là-bas. Et le lendemain, à la fin du spectacle, il y a une dame qui vient me voir et me dit qu’elle a cette bobine du film « Le baiser », qui est le dernier film muet de la MGM et qui est un film de Jacques Feyder, avec Greta Garbo. Et elle me demande si cette copie a une quelconque valeur. Alors, j’ouvre la bobine qui, en fait, présentait une décomposition très particulière. Elle me dit que son père adorait ce film-là. Le 16 mm, qui est non pas du nitrate mais du triacétate de cellulose, se décompose et dégage un gaz acétique. Il y a donc une odeur de vinaigre extrêmement forte, et cette décomposition-là est totalement inéluctable, très rapide. Je lui explique donc que cette bobine/boîte ne vaut rien, que le film par ailleurs existe, qu’il a été sauvegardé par la Metro, et que la bobine est dans un tel état de décomposition que ce serait une escroquerie de la vendre… Et elle me dit alors : « Mais non, vous ne comprenez pas. En fait, mon père est mort avant-hier et il va être enterré après-demain. Je voudrais qu’il soit enterré avec cette bobine parce que c’était son film préféré et je voudrais que son dernier baiser ce soit avec Greta Garbo. » Voilà. Ce genre de petite histoire fait partie des moments dont on se souvient.

Sur quel(s) projet(s) travaillez-vous actuellement ?
On travaille donc sur une collection de films américains de Georges Méliès, avec probablement la Film Foundation, l’Académie des Oscar, US Film Archive, la Library of Congress, le CNC et la Cinémathèque française pour le moment, mais il y aura d’autres partenaires. Cela va être un énorme projet qui sera prêt en 2020 et qui sera très spectaculaire. Par ailleurs, nous travaillons sur la reconstitution du dernier film de Max Linder qui s’appelle « Le roi du cirque », un film franco-autrichien qui a eu tous les malheurs possibles et inimaginables à commencer par le fait que, pendant le tournage, Max Linder a essayé de tuer sa femme et de se suicider. En fait, le film va se terminer, il va sortir et juste après sa sortie, Linder va effectivement tuer sa femme et effectivement se suicider en 1925. Donc, c’est un film qui n’existait plus, qu’on restaure à partir de 11 copies différentes venant d’Angleterre, d’Argentine, des Pays-Bas, d’Australie, de France, de Berlin… il en vient de partout. On est très fiers de cette restauration-là et elle sera très compliquée, mais très bien. A cela, s’ajoutent dix films de Julien Duvivier, les films muets. On a racheté les droits de 10 Julien Duvivier. Aucun d’entre eux n’était restauré. Donc, pour chaque film, nous récupérons tous les éléments qui existent dans le monde. Nous les restaurons image par image. Nous composons des musiques, nous faisons des négatifs 35 mm pour la préservation à long terme, et à terme nous ferons un coffret DVD et une mise en circulation dans les festivals du cinéma muet de Julien Duvivier. Récemment, nous avons restauré « House by the River » de Fritz Lang (1950). Nous venons également de terminer « It Happened Tomorrow » (1944) de René Clair et nous avons en prévision « Gardiens de phare » de Jean Grémillon, « Pêcheur d’Islande » de Jacques de Baroncelli (1924) ainsi qu’un film extraordinaire qui ne dit rien à personne – et ça va être soit une victoire extraordinaire soit un désastre absolu –, mais le film est tellement beau : ce film, que je considère comme « L’Atalante » du cinéma anglo-autrichien, s’appelle « The Robber Symphony »/« La symphonie des brigands » (1937). C’est un film de Friedrich Feher qui était l’acteur du « Cabinet du docteur Caligari » (1919) mais qui, à la fin de sa vie, a terminé comme vendeur dans un delicatessen à New York. Donc, retenez « La symphonie des brigands »/« The Robber Symphony » (1937) – un chef-d’oeuvre absolu !

Propos recueillis par Aline Vannier-Sihvola
Helsinki, le 18 janvier 2019

Films présentés par Serge Bromberg au KINO REGINA, les 18 et 19 janvier 2019

UN VOYAGE À TRAVERS LE TEMPS ET L’ESPACE – FILMS REDÉCOUVERTS EN FRANCE

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A Trip Down Market Street (1906), Miles Brothers, 11 min
San Francisco après la catastrophe (1906), Pathé, 4 min
Métamorphoses du papillon (1904), Pathé, 1 min
The Acrobatic Fly (1908), Charles Urban, 2 min
La peine du talion (1906), Pathé, 4 min
Flirt en chemin de fer (1902), Pathé, 1 min
Après le bal (1897), Georges Méliès, 1 min
Gwalior (1907), Pathé, 4 min
Les Kiriki (1907), Segundo de Chomón, Pathé, 3 min
La donna è mobile / Ach wie so trügerisch (1907), 3 min
Les hallucinations d’un pompier (1927), Folies Bergères, Joséphine Baker, 5 min
The Love Nest (1923), Buster Keaton, 22 min
Jazz Hot (1938), Django Reinhardt, Stéphane Grappelli, 5 min
+ encore des surprises
Durée 80 min.

INCROYABLES DÉCOUVERTES

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Those Awful Hats (1909), D. W. Griffith, 3 min
La poule merveilleuse (1902), Pathé, Ferdinand Zecca, 2 min
Élevage d’autruches et de crocodiles (1910), Lubin Documentaire, 6 min
Duello al shrapnel (1912), Itala Films, 7 min
Sinking of the Lusitania (1918), Winsor McCay, 8 min
The Masquerader (1914), Charles Chaplin, 12 min
Ma He’s Making Eyes at Me (1922), Gus Visser, 3 min
Male Order (1941), Zarek et Zarina, 3 min
Laurel and Hardy Convention (1930), 2 min
Musical Memories (1935), Fleischer 3D, 7 min
The Battle of the Century (1928) 18 min
+ encore des surprises
Durée: 80 min.

Entretien avec EMILY ATEF

EMILY ATEF
Emily Atef, réalisatrice franco-iranienne, était l’invitée du Festival international du film de Helsinki – Amour & Anarchie dont la 31édition s’est déroulée cette année du 20 au 30 septembre 2018. Elle est venue présenter son 4e long métrage, « 3 jours à Quiberon », qui relate les 3 jours qu’a passés l’actrice Romy Schneider en 1981 lors de sa cure à Quiberon où elle a accordé une interview exceptionnelle au magazine allemand Stern. Emily Atef signe un portrait émouvant de cette incroyable actrice, embelli par une magnifique photographie en noir et blanc. La caméra à fleur de peau nous permet de nous approcher au plus près de la femme sensible, fragile mais aussi lumineuse qu’était Romy Schneider à cette période de sa vie. Interprétée par Marie Bäumer, dont la ressemblance avec la star est troublante, on est pris dans l’illusion et l’émotion de voir revivre sans fard et sans filtre Romy Schneider à l’écran.

Lire la suite « Entretien avec EMILY ATEF »

Entretien avec YVES HINANT

DSC02873Yves Hinant, réalisateur belge, était l’invité du Festival international du film de Helsinki – Amour & Anarchie dont la 31e édition s’est déroulée cette année du 20 au 30 septembre 2018. Yves Hinant a réalisé de nombreux films pour l’émission culte de la télévision belge « Strip-tease », diffusée dans les années 80 sur la RTBF et France 3, qui a déshabillé la Belgique et la France pendant près de 25 ans. En 2008, il filmait « Le flic, le juge et l’assassin » qui entrouvrait les portes de la justice belge sous la houlette, entre autres, d’un personnage truculent qu’est l’atypique juge Anne Gruwez. Dix ans plus tard, Yves Hinant est venu présenter au Festival Amour & Anarchie « Ni juge, ni soumise », un premier long métrage fidèle à l’esprit Strip-tease avec Anne Gruwez comme personnage principal, qui suit de nouveau cette juge d’instruction bruxelloise anticonformiste et ébouriffante lors d’enquêtes criminelles, d’auditions de témoins et de visites de scènes de crime. Yves Hinant, avec son acolyte Jean Libon, pénètre les rouages de l’instruction comme personne n’avait réussi à les filmer jusqu’ici. Une incursion inédite au coeur du système judiciaire belge où se côtoient l’absurde, le comique et le tragique.

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Festival AMOUR & ANARCHIE 2018

Amour & Anarchie – 31e édition du Festival international du film de Helsinki
20.-30.09.2018

A&R 2018

Le Festival international du film de Helsinki – Amour & Anarchie a lieu chaque année, depuis 1988, en septembre. Il fête cette année sa 31e édition qui s’ouvrira avec le film du cinéaste polonais Pawel Pawlikowski « Cold War », et se clôturera avec « Leto » du réalisateur russe Kirill Serebrennikov. Invité d’honneur du Festival Amour et Anarchie, Spike Lee viendra présenter son dernier film, après 27 ans d’absence, « BlacKkKlansman », qui a obtenu le Grand Prix du Jury au dernier Festival de Cannes, avec l’acteur finlandais Jasper Pääkkönen dans l’un des rôles principaux. A noter aussi la venue de Margarethe von Trotta le dernier jour du festival pour présenter son dernier film documentaire « Searching for Ingmar Bergman ». Seront également présents au Festival, entre autres, la réalisatrice franco-iranienne Emily Atef avec son dernier film « 3 jours à Quiberon » qui dresse un portrait bouleversant de Romy Schneider, le réalisateur belge Yves Hinant de la série culte Strip-tease qui viendra présenter « Ni juge, ni soumise », un long métrage décapant sur l’état du crime et de la justice, ainsi qu’Antoine Desrosières et Annabelle Bouzom, respectivement réalisateur et productrice de « A genoux les gars », une comédie piquante sur la sexualité des jeunes.

Le Festival Amour & Anarchie – le plus grand festival du film de Finlande et, également, le plus accessible –, met en valeur de nouveaux films inventifs, visuellement étonnants et controversés, révèle les talents prometteurs de demain.
Parfois décoiffant, mais à voir !
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Entretien avec F. J. OSSANG

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J. Ossang – réalisateur, écrivain, poète, musicien – était l’invité du dernier Festival Amour & Anarchie qui s’est déroulé à Helsinki en septembre 2017. Cet artiste polymorphe hors normes, venu présenter son dernier film, faisait son grand retour, après six ans d’absence, dans le paysage cinématographique français avec son 5e long métrage « 9 Doigts », récemment récompensé du Léopard de la Meilleure mise en scène au Festival de Locarno.
« 9 Doigts » est un film noir d’anticipation, en noir et blanc, un film comme on en voit peu. A la suite d’un braquage, une bande de malfrats embarque sur un étrange cargo à destination du Nowhereland. Une expédition expérimentale en eaux troubles, qui vibre au rythme de MKB Fraction Provisoire, de quoi ravir les punks de la première heure et les amoureux du cinéma expressionniste… Et toujours en pellicule !

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Entretien avec JEAN MICHEL ROUX

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Jean Michel Roux, réalisateur et scénariste français, était l’invité de la 30e édition du Festival international du film de Helsinki – Amour & Anarchie, qui s’est déroulée du 14 au 29 septembre 2017. Après avoir réalisé « Les mille merveilles de l’univers » (fiction – 1997) et « Enquête sur le monde invisible » (documentaire – 2002), Jean Michel Roux a présenté, à l’occasion du Festival, son dernier long métrage documentaire « Pohjolan Enkeli »/« L’ange du Nord » dont la sortie en salles à Helsinki est prévue le 14 novembre 2017. Cet « essai cinématographique » est un documentaire poétique assemblant confessions et visions symbolistes à partir de l’interprétation d’un tableau « L’ange blessé » (1903) du peintre finlandais Hugo Simberg.

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Entretien avec GILLES BOURDOS

Gilles Bourdos

Gilles Bourdos, réalisateur et scénariste français, était l’invité de la 30e édition du Festival international du film de Helsinki – Amour & Anarchie qui s’est déroulée du 14 au 24 septembre 2017. Gilles Bourdos est venu présenter en avant-première son dernier long métrage « Espèces menacées » – sortie en France le 27 septembre –, trois récits sur des relations familiales complexes au travers desquels il traite, avec finesse et pudeur, le sujet grave et sensible de la violence conjugale. Le film est porté par des acteurs remarquables de justesse, notamment Alice Isaaz, Vincent Rottiers, Grégory Gadebois, qui jouent tout en retenue et émotion.

Vous êtes sans doute pour la première fois en Finlande. Qu’est-ce qui vous a décidé à venir – pratiquement directement de La Mostra de Venise – au Festival Amour & Anarchie de Helsinki ?
C’est tout simplement la rumeur très positive des cinéastes français sur ce festival. C’est le bouche-à-oreille des cinéastes : on sait, les uns et les autres, les endroits où il est super d’aller et les autres dont on peut se passer. C’est aussi simple que ça.

Que connaissez-vous du cinéma finlandais ?
Comme tout le monde, Aki Kaurismäki. Toutefois, pour être tout à fait honnête, ce n’est pas totalement un langage cinématographique qui correspond à ma sensibilité, à mes goûts premiers mais, évidemment, je reconnais la poésie, l’humour, des tas de choses qui sont formidables dans son cinéma. Lire la suite « Entretien avec GILLES BOURDOS »

Entretien avec PEKKA LANERVA

ENTRETIEN AVEC PEKKA LANERVA

Pekka Lanerva

Pekka Lanerva est le directeur artistique du Festival international du film de Helsinki – Amour & Anarchie qui vient de célébrer, du 14 au 24 septembre, sa 30e édition. A cette occasion, la programmation a offert quelque 180 longs et 200 courts métrages (au total plus de 500 projections) au public qui était une fois de plus au rendez-vous et n’a pas manqué de remplir les salles obscures. En effet, on a dénombré au terme des onze jours du Festival plus de 60 000 entrées. Le Festival s’est clôturé avec « The Square », Palme d’or du dernier Festival de Cannes 2017, du réalisateur suédois Ruben Östlund (sortie en salles à Helsinki le 17.11.2017).
Au nombre des invités de cette 30e édition, Thierry Frémaux, directeur de l’Institut Lumière de Lyon et délégué général du Festival de Cannes, venu présenter son premier film « Lumière ! » (*), 108 films de 50 secondes signés des pionniers du cinéma, en hommage à l’oeuvre des frères Lumière. Egalement présents au Festival, le réalisateur français Gilles Bourdos avec son dernier film « Espèces menacées », ainsi que deux cinéastes français habitués du Festival Amour & Anarchie, J. F. Ossang avec « 9 doigts », film noir d’anticipation, et Jean-Michel Roux dont le dernier essai cinématographique en finnois « Pohjolan Enkeli » (L’Ange du Nord) était présenté en avant-première lors du Festival, dans le cadre de la célébration officielle du centenaire de la Finlande (sortie en salles à Helsinki le 14.11.2017).

Trente ans se sont écoulés depuis la 1ère édition du Festival Amour & Anarchie. Comment tout cela a-t-il commencé et d’où vient le nom du festival ?
Le nom du festival vient du film de Lina Wertmüller qui a été présenté lors de la 1ère édition du festival « Film d’amore e d’anarchia ». Moi et mes copains, qui du reste travaillent encore pour le Festival, nous n’étions pas dans la première édition qui s’est déroulée en 1988. C’est à Kulttuuriyhdistys Image, qui était une organisation très active à l’époque et qui avait lancé aussi le magazine « Image », que revient l’initiative du Festival. Comme il y avait beaucoup de photographes au sein du magazine, ils ont voulu faire un numéro spécial sur le cinéma, notamment sur Derek Jarman, et c’est alors qu’ils ont pensé qu’ils pourraient, dans le même temps, montrer les films de Jarman. Comme ils voulaient aussi d’autres films, ils ont pensé à une cinéaste femme, assez controversée, Lina Wertmüller. Au total, la programmation comportait une quinzaine de films. Une rétrospective de chaque auteur. On a, du reste, continué un peu le style rétrospective pendant quelques années, mais graduellement on a laissé ça au Festival de Sodankylä et surtout à la Cinémathèque. Tout s’est donc très bien passé lors de cette 1ère édition ; le public est venu en nombre et peut-être que c’était aussi le bon moment de faire ça. Ils ont pensé alors faire une 2e édition l’année suivante et c’est là qu’ils m’ont contacté, de même que Mikka Siltala, Matti Paunio et Eija Niskanen. On a alors continué avec ce Kulttuuriyhdistys pendant quelques années et, en 1993, on a racheté le titre pour nous et on a commencé notre propre société. C’était au début un passe-temps pour nous tous. Chacun de nous avait son propre travail et ne recevait pas d’argent du Festival. Tout ce qu’on gagnait, on le réinvestissait dans le festival suivant. Puis, le Festival s’est petit à petit développé, et on a commencé de recevoir un peu d’argent pour les voyages car, auparavant, je me rendais à des festivals comme Londres ou Berlin à mes frais. Dans les années 90, on a commencé à avoir un peu plus d’argent dans l’organisation et comme les films d’auteur semblaient intéresser les gens, on s’est engagés aussi dans la distribution avec Cinema Mondo. On a commencé avec quelques films de Takeshi Kitano et des films d’auteur français, qui sont devenus plus tard la tradition de Cinema Mondo. Et puis, nous avions aussi notre propre salle de cinéma à Museokatu : « Cinema ». Plus tard, dans les années 2000, vu qu’il y avait beaucoup à faire avec le Festival et autant avec la distribution, on a décidé que Mikka gérerait la distribution et moi, le Festival. Et c’est à partir de ce moment-là que c’est devenu un emploi à plein temps. Lire la suite « Entretien avec PEKKA LANERVA »

Entretien avec LUCILE HADŽIHALILOVIČ

ENTRETIEN AVEC LUCILE HADŽIHALILOVIČ

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Lucile Hadžihalilovič, réalisatrice et scénariste française, invitée du Festival international du film de Helsinki – Amour & Anarchie en septembre 2016, était venue présenter son deuxième long métrage, le très attendu « Evolution » (10 ans après « Innocence »), oeuvre atypique au climat onirique oscillant entre fantastique et science-fiction. La Cinémathèque Orion a choisi « Evolution » comme Film du mois dans sa programmation de février (5 séances – voir ci-dessous), film aussi rare qu’unique qui permettra au spectateur de vivre une expérience visuelle et sensorielle en totale immersion.

Est-ce là votre première visite en Finlande ? N’êtes-vous pas déjà venue pour présenter en 2012 avec Gaspar Noé « Enter the Void » dont vous avez co-écrit le scénario, voire même peut-être aussi précédemment pour présenter votre premier long métrage?
En effet, je suis venue pour présenter mon film « Innocence » il y a 10 ans qui était inscrit au programme de ce même festival. Donc, c’était ma première visite à Helsinki, au Festival Amour & Anarchie et en Finlande. J’avais fait un autre film 10 ans auparavant qui s’appelait « La bouche de Jean-Pierre », un moyen métrage qui avait également été présenté à Amour & Anarchie, mais je n’y étais pas présente. Donc, décidément, ce Festival est pour moi, et j’ai été très heureuse effectivement de ce voyage à Helsinki et à ce Festival il y a 10 ans, de même que je suis très contente de revenir et de montrer le film ici, que la première finlandaise se déroule dans ce cadre-là.

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Entretien avec SACHA WOLFF

Sacha Wolff, invité du Festival international du film de Helsinki – Amour & Anarchie, qui s’est déroulé du 15 au 25 septembre 2016, est venu présenter son premier long métrage « Mercenaire », qui vient de remporter le Label Europa Cinémas au dernier Festival de Cannes. Le film nous transporte en Océanie et nous décrit le parcours initiatique d’un jeune joueur de rugby wallisien. « Mercenaire » sort en salles en France le 5 octobre 2016.

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